lundi 17 juillet 2017

François Pérol, patron de BPCE : "Offrir la meilleure expérience digitale du marché"

INTERVIEW - Le patron de BPCE, François Pérol, revient dans le JDD sur les tourments judiciaires dont il est sorti blanchi. Il veut accélérer la transformation du deuxième groupe bancaire français.

Le patron de BPCE, François Pérol. (Reuters)

Après plus de huit années de procès pour prise illégale d’intérêts, le président du groupe Banque populaire Caisses d'épargne François Pérol vient d'être blanchi. "Dès février 2009, en prenant mes fonctions au sein du groupe, j’avais dit dans votre journal que j’avais agi conformément à la loi. Je suis heureux que la justice m’ait donné raison", souligne-t-il dans le JDD. Secrétaire général adjoint de l'Elysée au début du mandat de Nicolas Sarkozy, il commente la volonté de transparence de l'opinion publique, affirmant que "c’est au législateur d’en décider" et glisse un mot pour Emmanuel Macron, qui a occupé les mêmes fonctions que lui au Château : "Ses premiers pas en tant que chef de l’Etat ont changé l’image de la France." Il revient enfin et surtout la transformation opérée par BPCE, qui a entamé sa révolution numérique.
 
Après plus de huit années de procès pour prise illégale d'intérêts, la justice vient de vous blanchir. Comme avez-vous vécu cette épreuve?

J'ai essayé de traiter cela de façon professionnelle. Je mets de la distance dans tout ce que je fais. La cour d'appel a confirmé la décision du tribunal de grande instance. Dès février 2009, en prenant mes fonctions au sein du groupe j'avais dit dans votre journal que j'avais agi conformément à la loi. Je suis heureux que la justice m'ait donné raison.
 
Ces procédures à répétition ont-elles fini par entraver votre travail?

Au contraire. J'ai toujours fait la différence entre cette affaire qui me mettait en cause et ma responsabilité de dirigeant. Nous devons avancer coûte que coûte et plus vite encore.
 
"Nos services sont en train de changer du tout au tout à la demande des clients. Les "bolcheviques" du système, ce sont eux et leurs nouveaux usages"
Face aux attentes de la société en matière de transparence et de moralisation de la vie politique et économique, les règles du jeu doivent-elles changer?
 
La demande de transparence est indéniablement plus forte. Mais il serait dommage que les mondes public et privé évoluent dans des sphères totalement séparées et étanches. Il faut garder des passerelles. C'est une bonne chose que des chefs d'entreprise entrent à l'Assemblée nationale et que des décideurs publics apportent leur savoir-faire au secteur privé. Quant à savoir si les règles doivent changer, c'est au législateur d'en décider.
 
Dans la gestion de votre passage du secrétariat général de l'Élysée à la direction du groupe BPCE, le politique n'a-t-il pas fait preuve de légèreté?

Je ne vois aucune légèreté dans la façon dont ont été créées par Nicolas Sarkozy les conditions de la résistance à la crise, du sauvetage du système financier français et de redressement du deuxième groupe bancaire du pays.
 
La révolution numérique est le grand défi du moment pour les banques. Où en êtes-vous?

Nous voulons offrir la meilleure expérience digitale du marché et apporter plus de valeur ajoutée à nos clients. Neuf millions de nos applications ont été téléchargées sur mobile et nous totalisons 36 millions de visiteurs uniques sur nos sites. La transformation numérique touche tous les secteurs et les banques sont en plein dans ce mouvement. Nos services sont en train de changer du tout au tout à la demande des clients. Les "bolcheviques" du système, ce sont eux et leurs nouveaux usages.

"Le nombre de contacts avec nos clients sur mobile a explosé" 

Quel impact le numérique a-t-il sur vos agences et vos collaborateurs?

Nos agences sont moins des lieux de trafic que des points de vente et de rencontre. Nous allons continuer à adapter notre réseau et à le réduire de l'ordre de 5 % d'ici à 2020 principalement en ville. Nous devons aussi former nos collaborateurs. Je leur dis souvent que le digital et la technologie ne sont pas les ennemis du conseil. 99% de nos ventes se font toujours grâce à eux. Dans le même temps, le nombre de contacts avec nos clients sur mobile a explosé.
 
Pour faciliter les paiements en mobilité, vous avez rejoint Apple Pay et Paylib, ce qui vous démarque…

Nous croyons au développement de ce type de service : 30% de nos clients sont équipés d'iPhone et 60 % du trafic de nos applications passent par ce canal. Nous avons déjà de très bons retours sur ce service lancé en juillet 2016 avec Apple. En avril, nous avons rejoint Paylib, qui s'adresse aux utilisateurs de mobiles sous Android. Nous pouvons couvrir tous les besoins.
 
"Les équipes adhèrent totalement à cette réalité de groupe diversifié et universel. Mais nous sommes aussi coopératifs et décentralisés"

 Né de la fusion en 2009 des Caisses d'épargne et Banques populaires, BPCE est-il enfin un groupe unifié?
 
Nous avons réussi à faire travailler ensemble des entreprises et des métiers très différents. Les équipes adhèrent totalement à cette réalité de groupe diversifié et universel. Mais nous sommes aussi coopératifs et décentralisés. En 2018, nous aurons 27 banques régionales qui, elles, appartiennent à leurs clients. Cette dualité nous donne une grande stabilité.
 
Vous n'avez pas l'intention de fédérer le groupe autour de Natixis?

Ce n'est pas le mandat que j'ai reçu. Natixis réunit certains de nos métiers, notamment en direction des grandes entreprises, dans la gestion d'actifs et l'assurance.
 
La culture mutualiste de BPCE n'entraîne-t-elle pas une perte de lisibilité en termes d'organisation?

Il y a encore un potentiel de synergies considérable. Mais nos deux principales enseignes sont concurrentes sur les mêmes métiers et vont le rester.

"Ma priorité, c'est BPCE"

Certaines banques régionales, dont la BRED, sont très autonomes. Trop?

Aucune banque régionale du groupe ne peut exister sans lui et vice versa.
 
Comment appréhendez-vous la remontée annoncée des taux d'intérêts?

La grande question est savoir quand les grandes banques centrales vont normaliser leur politique monétaire. Le mouvement est déjà bien engagé aux États-Unis. Le réglage risque d'être plus délicat et progressif pour la BCE. Nous devrions avoir encore deux à trois ans de taux bas en Europe. Mais la hausse des taux à venir est une bonne nouvelle. Elle va nous permettre de reconstituer nos marges.
 
Vous connaissez-bien Emmanuel Macron, qui, comme vous, a été secrétaire général adjoint de l'Élysée. Imaginiez-vous qu'il puisse être élu président de la République?

Chaque fois que je l'ai rencontré, j'ai été saisi par sa passion pour la politique. Il est clair qu'il aspirait à faire quelque chose dans ce domaine. Ses premiers pas en tant que chef de l'État ont, en tout cas, changé l'image de la France.
 
Avez-vous eu la même tentation?

Ma priorité, c'est BPCE. Je n'ai pas une bande passante assez large pour y mettre la politique.
 
Par Bruna Basini   22h00 , le 15 juillet 2017, MAJ à 12h16 , le 17 juillet 2017 www.lejdd.fr

vendredi 14 juillet 2017

Jean-Denis Combrexelle : « Le nouveau droit du travail n’est pas une régression »

Dans une tribune au « Monde », l’auteur d’un rapport remis en 2015 à Manuel Valls qui inspire la réforme en cours, ­estime que celle-ci prend en compte les transformations des technologies et des relations économiques et sociales dans l’entreprise.
 
Emmanuel Macron, président de la République, reçoit Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, au Palais de l’Elysée, le 23 mai. JEAN CLAUDE COUTAUSSE / FRENCH-POLITICS POUR LE MONDE
TRIBUNE. Comme pour toute loi d’habilitation prise sur le fondement de l’article 38 de la Constitution, celle qui vient d’être votée se borne à énoncer les domaines et les finalités des ordonnances à venir. C’est donc au vu du contenu de ces ordonnances, sur lesquelles portent les concertations en cours, qu’il conviendra d’apprécier la portée de la réforme. Le gouvernement ayant eu toutefois le souci d’être précis dans les habilitations, la réforme se dessine à travers la loi et, à ce stade, trois points méritent attention.
 
Le premier est que nous sommes en train d’assister à la construction progressive d’un nouveau droit du travail. Ce droit, surtout en France, a été longtemps essentiellement législatif. Il se caractérisait par plusieurs strates de consultation des institutions représentatives du personnel (IRP), une négociation collective de simple accompagnement de la loi, des droits sociaux dépendant de l’existence d’un contrat de travail.
 
Ce droit n’est pas une régression, il est différent
 
Ce droit historiquement construit sur des rapports de force souvent conflictuels ne produit plus les effets attendus, y compris lorsque l’on se place du point de vue des salariés et de ce qu’il est convenu d’appeler les « outsiders ».
 
Le nouveau droit en construction se caractérise par un équilibre entre la loi qui fixe des principes fondamentaux de l’ordre public et une négociation de branche et d’entreprise qui fixe des règles communes et de proximité du monde du travail. Il prévoit une réorganisation des instances représentatives du personnel (IRP), avec la volonté de les rendre moins procédurales et plus efficaces, ainsi qu’une définition de droits sociaux davantage attachés à la personne, avec ses aléas de parcours, qu’au salarié.

Ce droit n’est pas une régression, il est différent. Tout en cherchant à répondre au même souci de protection et de sécurité, il prend en compte les transformations profondes des technologies...
 
(L’accès à la totalité de l’article est protégé (pour les abonnés). Il vous reste 63% de l'article à lire).
 
Par

jeudi 13 juillet 2017

SFR prépare son Altice Bank pour l'an prochain

Patrick Drahi, le fondateur principal actionnaire d'Altice, lors de l'introduction en Bourse à New York de sa filiale américaine le 22 juin dernier. (Crédits : Reuters)
L’opérateur télécom, qui avait déposé la marque Altice Bank à l’INPI à l’automne dernier, a fait une demande de licence auprès de la Banque centrale européenne. Le lancement serait envisagé fin 2018 début 2019, avec un partenaire innovant.
 
Les banques seront de plus en plus face aux opérateurs téléphoniques en France mais aussi en Europe et en Afrique », déclarait la semaine dernière le patron de la Société Générale, Frédéric Oudéa. A quelques semaines du lancement d'Orange Bank (reporté du 6 juillet à la rentrée), un autre opérateur se prépare, son concurrent SFR et sa maison-mère Altice dont il va prendre le nom. Tout le petit monde des télécoms et celui de la banque avaient bien remarqué que le groupe de Patrick Drahi avait déposé en octobre dernier auprès de l'office européen de la propriété intellectuelle (et de l'INPI) la marque à l'échelle européenne Altice Bank, par la société Next Luxembourg, holding de la galaxie Altice. La marque vient tout juste d'être officiellement enregistrée. Son rival Free avait déposé la marque française FreeBank, il y a plusieurs années.
 
Le groupe convergent de médias et de télécoms envisage sérieusement un nouveau métier puisqu'il a déposé une demande d'agrément auprès de la Banque centrale européenne (BCE), selon le Parisien. Une information corroborée par une source proche, mais qu'Altice ne dément pas ni ne confirme officiellement. Interrogée, la BCE ne fait pas de commentaire. L'institution européenne pourrait rendre son avis sur la demande de licence bancaire « avant la fin des vacances d'été » selon le journal. En octobre dernier, nous citions une source bien informée qui affirmait que « SFR est en train de s'agiter sur la question. Patrick Drahi aurait fait part de son mécontentement à Michel Combes sur l'absence d'initiative dans ce domaine. »
 
L'intérêt d'une licence européenne pour Altice est de pouvoir opérer en France mais aussi au Portugal, où il est également présent (sous la marque Portugal Telecom). Il y a d'ailleurs une filiale ayant le statut d'établissement de paiement PT Pay qui a lancé un porte-monnaie virtuel, Meo Wallet.


[La demande a été déposée le 18 octobre dernier auprès de l'office européen
de la propriété intellectuelle et la marque enregistrée ce 13 juillet.]
Cherche partenaire innovant
 
L'opérateur chercherait depuis plusieurs mois « un partenaire innovant » et aurait, pour cela, pris contact avec plusieurs startups de la Fintech. Il existe des dizaines de "néobanques" en Europe, parmi les plus dynamiques l'allemande N26, la britannique Atom Bank ou la suédoise Klarna qui vient d'obtenir une licence bancaire utilisable dans toute l'Europe et se voit en futur "Ryanair de la banque". Cependant, plusieurs d'entre elles ont été rachetées par des banques, faute de reins suffisamment solides, à l'image de l'allemande Fidor par le groupe BPCE (Banques Populaires Caisses d'Epargne), de Compte Nickel par BNP Paribas et de Morning par la Banque Edel du distributeur E. Leclerc.
 
Le lancement d'Altice Bank serait envisagé entre la fin 2018 et le printemps 2019. De quoi laisser Orange Bank, qui a reporté son lancement grand public à cause de bugs, essuyer les plâtres.
 
Un partenaire permettrait à Altice de ne pas développer par lui-même toute l'application de virement, transfert d'argent et suivi en temps réel des dépenses et du solde, le standard des néobanques. Ceci dit, l'opérateur télécoms de Patrick Drahi n epart pas de zéro. Il a déjà réalisé plusieurs incursions dans le paiement, avec plus ou moins de succès.  En 2012, sa carte bancaire prépayée SFR PayCard, proposée avec Mastercard et l'allemand Wirecard, avait été un flop et arrêtée deux ans plus tard. En revanche, outre-mer, une carte similaire signée Visa, d'une autre société du groupe Altice, OPS, qui a le statut d'établissement de paiement, fonctionne plutôt bien. L'opérateur propose aussi sa solution SFR Pay, qui permet de régler certains services sur sa facture mobile directement depuis son smartphone, par exemple l'achat de vidéos sur Dailymotion, un abonnement à Meetic, ou le stationnement à Marseille. ll y a deux ans, SFR avait monté sa business unit « m-paiement, m-banking et smart services », dont la directrice indique sur son profil professionnel que sa mission consiste entre autres en l'« élaboration d'une stratégie de diversification dans le secteur bancaire (Banque Mobile) ».
 
Pour un opérateur télécoms, la banque mobile recèle la promesse de générer des revenus supplémentaires (crédit à la consommation par exemple) par abonné chaque mois en s'appuyant sur sa large base de clientèle et en grande partie sur des infrastructures existantes, notamment son réseau de boutiques. L'espagnol Telefonica a récemment lancé du crédit conso en ligne, en partenariat avec CaixaBank. Cependant, Orange lui-même a reconnu qu'il avait sous-estimé le caractère très contraignant de la réglementation bancaire. Il a également prévenu qu'il dégagerait des pertes de 100 millions d'euros la première année et n'arriverait à l'équilibre que d'ici cinq ans.
 
 | 

Quand les banques rachètent la concurrence à coups de millions

Ouvrir un compte en banque sans banque, c'est le principe du service Compte-Nickel. LP / Arnaud Dumontier
Le rachat des start-up qui percent sur le marché bancaire est devenu monnaie courante pour les établissement classiques, craignant de rater le tournant du numérique. 
 
Ringardes,les banques classiques françaises ? Pas encore. Car elles font tout pour ne pas se laisser déborder par le déferlement de nouveaux services qui submergent leur secteur. Avec une arme redoutable et usitée : le chéquier. Depuis deux ans, les groupes bancaires français n'hésitent plus pour s'offrir à prix d'or les start-up les plus en vue.
 
 
Dernier exemple en date : le rachat par BNP Paribas de Compte-Nickel. Entamée en avril, la vente a été, selon nos informations, définitivement signée hier. Le plus puissant établissement financier français et européen a mis 250 M€ sur la table pour s'offrir le « compte en banque sans banque » que l'on peut ouvrir chez un buraliste. Une transaction gigantesque pour un service né en février 2014 !
 
Après le persiflage, un statut de meilleure start-up de la finance
 
Ironie de l'histoire : à l'époque, personne, dans le petit monde bancaire, n'aurait parié un euro sur cet ovni de la finance. Une carte facturée 20 € à l'achat, uniquement disponible chez les buralistes, sans possibilité de découvert, sans chéquier, sans conseiller, sans crédit... Quelle idée ! 635 400 Compte-Nickel ouverts plus tard et l'intérêt grandissant de fonds d'investissement pour cette jeune pousse française ont eu raison des persiflages. « On est passés en quelques mois d'usine à blanchir de l'argent sale au statut de meilleure fintech (NDLR : start-up de la finance) européenne », glisse, un sourire aux lèvres, Hugues Le Bret, l'un des fondateurs de Compte-Nickel. Cet ancien cadre de la Société générale devrait, au passage, intégrer le top management de BNP Paribas.
 
Payer cher et offrir une place dans l'organigramme de la banque aux patrons d'une start-up pour les convaincre de céder leur bébé. La recette a aussi été utilisée par BPCE, la maison mère des Banques populaires et des Caisses d'épargne, pour s'offrir Fidor. Dirigée par Mathias Kröner, cette société munichoise a été achetée 142 MEUR l'été dernier. Inconnue en France, la « banque des amis » — c'est son slogan — cartonne outre-Rhin. Ses prix bas et son « modèle collaboratif » (les clients sont associés à la création des nouveaux produits) ont attiré plus de 350 000 personnes. Une version française devrait débouler dans l'Hexagone avant la fin de l'année.
 
Des geeks recrutés pour imaginer de nouveaux produits
 
Si BPCE est capable de casser sa tirelire pour une fintech, ce n'est pas seulement pour attirer quelques milliers de clients jeunes et branchés. « Fidor, c'est une banque mais aussi une société de développement de nouveaux services, c'est un lab », précise-t-on au siège du groupe. En clair, ces geeks (fans d'informatique) allemands et informaticiens français (en cours de recrutement sur Twitter) seront chargés d'imaginer de nouveaux produits pour les réseaux Caisses d'épargne et Banques populaires.
 
De leur côté, le Crédit agricole et la Société générale ont pris respectivement des participations dans Linxo et Fiducéo. Deux start-up spécialisées dans l'agrégation de comptes (la gestion depuis une application de comptes détenus dans plusieurs banques) et qui ont, depuis, été chargées de donner un coup de jeune aux applications de ces deux réseaux traditionnels.
 
B.C.  Le Parisien  Le 13 juillet 2017, 7h32

mercredi 12 juillet 2017

Instances représentatives du personnel: critiques des syndicats

Les représentants CFDT, CGT, FO, CFTC et CFE-CGC ont vivement critiqué la volonté du gouvernement de fusionner les instances représentatives du personnel et d'ouvrir la possibilité par accord de permettre à l'instance de négocier, devant la commission des affaires sociales du Sénat. Cette audition intervenait mercredi dans le cadre du projet de loi d'habilitation à réformer par ordonnances le code du travail, actuellement examiné à l'Assemblée nationale. "Ce projet est beaucoup plus dangereux que la loi El Khomri, qui avait rendu à l'entreprise la négociation uniquement sur la partie temps de travail", a déclaré Gilles Lecuelle (CFE-CGC), considérant la future réforme "dangereuse" pour les salariés.
 
Mardi, le ministère du Travail a remis un document aux partenaires sociaux, dressant le bilan de la deuxième phase de concertation sur la réforme du code du travail. Il confirme la fusion des trois instances de consultation au sein d'un "comité social et économique" (Comité d'entreprise, délégué du personnel, CHSCT). Il compte également permettre, par accord d'entreprise ou de branche, d'aller plus loin, en ajoutant aussi les délégués syndicaux, et donc la "compétence de négociation". Cette instance serait nommée "conseil d'entreprise". Les syndicats ont critiqué le fait qu'il ne soit pas possible de maintenir, même par accord, les quatre instances séparées dans leur configuration actuelle. "Il nous avait été dit que la possibilité des instances séparées figurerait dans la loi. On espère voir dans les ordonnances cette possibilité rétablie", a dit Didier Porte (FO).
 
Véronique Descacq (CFDT) s'est également inquiétée que le gouvernement ait opté "pour une fusion systématique", rappelant que son syndicat était "très attaché" au fait que le délégué syndical reste en dehors de l'instance fusionnée. "Faisons confiance aux acteurs pour s'organiser comme ils l'entendent, selon la taille de l'entreprise", a-t-elle lancé. M. Lecuelle a également regretté le caractère "quasi inéluctable de la fusion". Dans cette entité fusionnée, "il ne faut pas que les questions de compétitivité prennent le pas sur les questions de santé des travailleurs", a insisté M. Porte (FO), qui s'est interrogé sur les moyens dédiés à cette entité, et le nombre d'élus la composant. Ouvrir la possibilité de négocier a de nouveau été qualifié de "ligne rouge" par les syndicats. "C'est un contournement des organisations syndicales!" a lancé M. Porte, quand Fabrice Angéi (CGT) y a vu "une atteinte aux libertés" syndicales, dont "l'objectif est la disparition pure et simple des représentants syndicaux dans l'entreprise".
 
Autre point d'inquiétude soulevé mercredi, la possibilité que la rémunération puisse être renvoyée à l'accord d'entreprise, qui risque de "renforcer le dumping", a estimé Gilles Lecuelle. "Transférer les rémunérations annexes (primes, NDLR) vers l'entreprise, c'est une ligne rouge qu'on ne devrait pas pouvoir franchir", a de son côté prévenu M. Porte (FO).
 
Les organisations patronales, elles, ont défendu la fusion des IRP. "Il faut être capable de discuter de tous les thèmes au sein d'une unité unique", a expliqué Alexandre Saubot (Medef), regrettant que le dirigeant soit quelque fois obligé de faire des réunions plusieurs fois "sur le même sujet" au sein des instances différentes, un argument repris par Jean-Michel Pottier (CPME). Il arrive, a dit M. Saubot, "des situations absurdes" où le CE et le CHSCT émettent des avis différents. La fusion permettra "d'y mettre un terme". Autre argument présenté par le Medef: une gestion "plus intelligente et équilibrée" du temps de travail du salarié, membre d'une IRP. "Le gros avantage de l'instance unique, c'est qu'on ne peut plus cumuler les heures de deux ou trois instances", selon M. Saubot.
 
 
Le Figaro.fr avec AFP - MAJ Publié