vendredi 10 mars 2017

Sévères réquisitions contre Pérol en appel

L'avocat général a requis deux ans de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende.
 
Mêmes motifs, même punition. Au terme d'un réquisitoire de plus d'une heure, l'avocat général Marc Rouchayrole a requis deux ans de prison avec sursis et 30.000 euros d'amende à l'encontre de François Pérol. «  Si l'on considère que cette affaire est symbolique », il n'y a « aucune raison » de ne pas - comme l'avait fait le parquet en première instance - requérir la peine maximale contre l'ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée. L'actuel président du groupe BPCE est poursuivi pour prise illégale d'intérêts. Il est soupçonné d'avoir pris la direction de la banque après avoir donné des avis et formulé des propositions sur le rapprochement, alors même qu'il était à l'Elysée. Or, la loi impose dans ce cas aux fonctionnaires et agents de l'administration publique un délai de carence de trois ans avant de rejoindre l'entreprise.
 
Doutes sur la pertinence de la peine
 
Marc Rouchayrole a aussi demandé que soit prononcée à l'encontre de François Pérol une interdiction d'exercer toute fonction publique, comme l'avait réclamé le parquet financier. L'avocat général a cependant émis des doutes sur la pertinence de la peine, François Pérol ayant démissionné de la fonction publique.
 
Fustigeant l'approche «  pointilliste » du jugement de première instance qui avait relaxé François Pérol, Marc Rouchayrole a préféré une «  approche globale  » pour décrire l'activité intense du secrétaire général adjoint de l'Elysée et sa «  forte implication » dans le rapprochement des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires pour donner naissance au groupe BPCE, avant d'en prendre les rênes en 2009.
 
Marc Rouchayrole parle « sédimentation de notes », « faisceau d'indices », « faisceau de témoignages », qui concluent tous à « voir en Monsieur Pérol l'homme à la manoeuvre » dans la constitution du groupe BPCE. Un conseiller « largement impliqué », le mot revient comme une antienne pour définir une «  fonction dans sa globalité » et « le pouvoir d'influence incontestable » du conseiller à Elysée, qui avait déjà une connaissance approfondie du dossier du fait de fonctions antérieures, soit en tant que membre de cabinet ou de conseil en banque d'affaires.
 
Choix « abrupt et brutal »
 
Et s'il est « normal qu'un conseiller donne son avis », le choix « abrupt et brutal » de nommer dans l'urgence François Pérol sans demander son avis à la commission de déontologie sur la faisabilité du transfert est « lourd de conséquences ». Car sans vouloir « parler de morale » mais « de droit », l'avocat général a souligné « l'enjeu démocratique » du dossier en raison de « la perte de confiance des citoyens dans ceux qui les dirigent ».
 
La défense de François Pérol doit plaider ce vendredi. La cour mettra ensuite sa décision en délibéré.
Valerie de Senneville , Les Echos
 

La gestion du stress par Armel le Cléac'h

Vainqueur du Vendée Globe 2016-2017, Armel Le Cléac’h a démontré une remarquable capacité à résister à la pression et à gérer avec sang-froid toutes les situations, y compris les plus compliquées mentalement. Quelques semaines après son arrivée, Armel explique comment il parvient à réguler le stress, condition sine qua non pour briller en course au large…
 
Travailler en amont pour réduire la part d’inconnu et donc le stress

Armel Le Cléac’h : « 
Je n’ai pas de coach mental. Je travaille plutôt sur le fait de mettre en place une préparation la plus complète possible en amont des courses, qu’il s’agisse de transatlantiques ou de tours du monde.

Préparation technique, physique, mentale, météo, gestion des rendez-vous avant le départ… L’idée est de remplir les objectifs les uns après les autres avec mon équipe, dans un timing précis.

J’établis une routine, j’aime quand tout est bien en place. Cela permet de me mettre en orbite le jour du départ. Je peux partir sereinement, en ayant le sentiment d’avoir fait les choix les plus opportuns.
 »

« L’enjeu en mer : être le moins surpris possible »

« 
Du point de vue de la navigation pure, j’essaye de connaître le bateau le mieux possible avant de partir.

Il faut avoir vécu le maximum de situations pour pouvoir réagir rapidement et en ayant confiance une fois en compétition. D’où l’importance de parcourir un maximum de milles avant de partir en course.

Il faut acquérir des automatismes pour les manœuvres, les changements de voiles mais aussi savoir gérer les conditions météo les plus compliquées où le bateau est malmené.
L’enjeu en mer est d’être le moins surpris possible. C’est quand on se sent dépassé par les événements ou la machine qu’on peut commencer à faire des bêtises ou à mal réagir. Cela peut devenir très stressant et générer de la peur.

Pour le dernier Vendée Globe, j’ai par exemple bouclé trois transatlantiques. Cela m’a permis de réduire la part d’inconnu. Une fois engagé dans le tour du monde, j’avais confiance dans le bateau, je pouvais bien réagir. J’avais des repères à bord, je savais que mon bateau était performant.
 »

De l’importance de s’accorder des moments de détente une fois en course…

« J’embarque des podcasts d’émissions de radio, de la musique, qui me permettent de mieux gérer mon calme. Cela permet de se détendre dans les moments plus calmes et de se couper de l’ambiance à bord.
Il faut savoir s’aérer les neurones, être capable de couper, au moment du repas par exemple, ou quand tout est sous contrôle… Le stress est permanent à bord. Nous faisons corps avec le bateau en permanence. On est à son écoute, concentré sur le moindre bruit, sur les réglages, la vitesse, la météo.

Il est impossible de tenir d'enchaîner les jours, non-stop, sans moments de repos et de détente. Savoir s’évader, dans des moments choisis, permet de faire les bons choix dans les heures et les jours qui suivent.
 »

www.voile.banquepopulaire.fr


jeudi 9 mars 2017

Quel syndicalisme pour les indépendants ?

L’espace co-working parisien Mutinerie organisera, semaine prochaine, Freelance Fair, événement consacré l’avenir protection travailleurs non-salariés.
L’espace de co-working parisien Mutinerie organisera, la semaine prochaine, la première Freelance Fair,
un événement consacré à l’avenir et à la protection des travailleurs non-salariés. - D.R.

Longtemps boudés par les syndicats classiques, les travailleurs indépendants ont fait émerger de nouvelles formes de représentation et de solidarité. Avec des modèles très divers.
 
Le 27 octobre dernier, la ville de New York a voté la première loi des Etats-Unis conçue spécifiquement pour protéger les travailleurs indépendants. Adopté à l'unanimité, le texte, appelé « Freelance isn't Free Act » (loi « le travail freelance n'est pas gratuit ») oblige toute organisation faisant appel à un entrepreneur individuel à indiquer par écrit les délais et la procédure de paiement dès lors que la rémunération dépasse 800 dollars sur une période de quatre mois. La nouvelle loi augmente également le niveau de dommages et intérêts en cas de non-versement des sommes prévues. Originalité, ce texte a été initié et porté par un syndicat... qui n'en est pas vraiment un : la Freelancers Union, fondée en 2001 par une juriste new-yorkaise, Sarah Horowitz.
 
« La Freelancers Union s'apparente davantage à une entreprise de services qu'à un syndicat comme nous l'entendons », explique l'économiste britannique Guy Standing, auteur de plusieurs livres sur les travailleurs indépendants et précaires, dont le plus connu, « Le Précariat », vient d'être traduit en français . Organisation hybride, mêlant une structure à but lucratif et une autre à but non lucratif, la Freelancers Union s'est fait connaître par des actions en faveur de la reconnaissance des travailleurs freelance. Mais son modèle économique est celui d'une entreprise de services : elle propose des coupons de réduction sur des formations, des espaces de co-working ou des contrats d'assurance. Elle a même, de 2008 à 2014, opéré sa propre compagnie d'assurances dans l'Etat de New York, où se ­concentrent la moitié de ses 350.000 membres.
 
La Freelancers Union a profité de la progression rapide des « nouvelles formes d'emploi » aux Etats-Unis : le travail non salarié concerne 15,8 % des travailleurs américains, contre 10,7 % en 2005. Aux ­consultants, artistes, designers, juristes, graphistes ou journalistes en freelance sont venus s'ajouter les travailleurs des nouvelles plates-formes numériques, chauffeurs Uber ou coursiers à vélo. Autant de métiers qui, jusqu'à présent, n'intéressaient pas les syndicats traditionnels. «Il y a encore cinq ans, les syndicats regardaient la flexibilité comme l'ennemi, et ne s'adressaient en pratique qu'aux travailleurs salariés à temps plein, résume Guy Standing. Depuis deux ans, cette attitude est en train de changer. »
 
Modèles coopératifs
 
Et ce changement ne se limite pas aux Etats-Unis. La représentation et la défense des travailleurs indépendants sera l'un des principaux thèmes de la première Freelance Fair , un événement organisé le jeudi 16 mars à Paris par l'un des pionniers du co-working dans la capitale, Mutinerie. « L'idée est de s'adresser à tous les travailleurs indépendants, et de leur donner des pistes pour vivre au mieux leur indépendance », explique Antoine van den Broek, président de Mutinerie. Cette « foire aux freelancers » rassemblera aussi bien la Fédération des autoentrepreneurs, revendiquant 80.000 adhérents en France, que l'European Freelancers Movement, fédérant 14 associations au niveau européen, et même la CFDT, qui y présentera une plate-forme créée spécifiquement pour les indépendants, Union, expérimentée discrètement depuis la fin d'année dernière (lire encadré ci-contre). « Ce n'est pas le seul syndicat français à s'intéresser aux freelancers, mais je le vois aujourd'hui comme le plus actif sur le sujet », estime Antoine van den Broek.
 
       La CFDT lance une plate-forme pour les non-salariés
  • CFDT Union « L'idée est de se rapprocher des indépendants à travers la fourniture d'un service qui est adapté à leurs besoin, on peut voir ça comme un retour aux origines des syndicats, qui, au départ, proposaient tous à leurs adhérents des services d'assurance. »'« il y a des avancées qui ne pourront pas se faire sans les organisations syndicales. Il y a, aujourd'hui, un fort besoin de porter la voix des indépendants, et nous pensons que nous pouvons être un bon relais. »
Si, en dehors de métiers bien représentés (artisans, professions libérales, etc.), les syndicats traditionnels ont tardé à s'intéresser aux indépendants, ces derniers ont trouvé d'autres moyens d'union et de représentation, en particulier en piochant dans le modèle coopératif ou mutualiste. « Aujourd'hui, on trouve aussi bien des collectifs rassemblant entre une trentaine et une centaine de personnes dans un objectif de mutualisation, et des coopératives d'activité et d'emploi avec des centaines de travailleurs », indique Antoine van den Broek. Cette version modernisée des SCOP (sociétés coopératives ouvrières de production) existe depuis plus de vingt ans. Encadrée par la loi sur l'économie sociale et solidaire de 2014, elle permet de réunir des « entrepreneurs salariés » - c'est-à-dire des indépendants, qui déclarent leur activité à travers une coopérative, et reçoivent en retour une feuille de paye et une protection sociale. « Cela s'apparente à du portage salarial, mais avec un esprit coopératif, voire politique », détaille Antoine van den Broek, qui cite l'exemple de Coopaname, coopérative parisienne rassemblant plus de 800 artisans, freelancers et prestataires de services.
 
Bien que la fédération nationale Coopérer revendique 7.000 entrepreneurs et 74 coopératives de ce type en France, l'exemple le plus souvent médiatisé vient de Belgique, où la coopérative Smart revendique 29.000 membres pour 140 millions d'euros facturés l'an dernier par son intermédiaire. Elle propose aux indépendants un outil de gestion des devis et des contrats, ainsi qu'une assurance (responsabilité civile, accident du travail...) contre un pourcentage de leur chiffre d'affaires de l'ordre de 8,5 %. Créé au départ, en 1998, à destination des professions artistiques, Smart a depuis élargi ses activités à toutes sortes d'indépendants, qu'il s'agisse de consultants, de journalistes ou de livreurs.
 
« Cela s'est fait de façon empirique, notamment parce que certains de nos membres cumulaient les activités, par exemple en étant à la fois créatifs et coursiers, explique Sandrino Graceffa, président de Smart. Il revendique « une ambition de transformation sociale : on pense que la bonne solution ne passe pas uniquement par l'entrepreneuriat individuel, et qu'il doit être possible de vivre de son savoir-faire sans se couper de sa protection sociale. » L'adhésion à Smart permet même de bénéficier d'un fonds de garantie en cas de non-paiement : après la faillite du service de livraison de repas TakeEatEasy , en juillet dernier, Smart a ainsi indemnisé, sur ses deniers, quelque 400 coursiers belges.

Benoit Georges / Chef de service | Le 06/03 à 20:03 |

vendredi 3 mars 2017

Syndicats : une longue culture du blocage, en 18 dates

 
Grèves, manifestations... Si les Français sont peu syndiqués, la CGT, FO ou SUD sont souvent en première ligne des revendications. Et n'hésitent à bloquer le pays. Retour sur deux siècles de luttes sociales.
              
Blocage des raffineries, grèves des transports, manifestations musclées... Là où nos voisins allemands ou d'Europe du Nord, familiers du dialogue social, savent dégager les compromis nécessaires, les Français sont habitués à un syndicalisme de combat. Les raisons de cette spécificité ne tiennent pas à la nature d'un peuple volontiers décrit comme querelleur, mais bien à notre histoire, agitée et complexe.
 
Le syndicalisme français est en effet, depuis la fin du XIX e  siècle, marqué par la radicalité. Il s'est nourri des précédents, glorieux mais sanglants, des Canuts ou de la Commune. Il a été durablement marqué par l'anarcho-syndicalisme, théorisé dans la Charte d'Amiens en 1906, et par le rêve de la grève générale. Il a longtemps grandi à l'ombre du Parti communiste qui, depuis au moins 1947, inspire une CGT majoritaire. Mêmes les catholiques de gauche qui, en 1964, brûlèrent les ponts avec l’Église pour fonder la CFDT ont longtemps vécu dans l'utopie de l'autogestion.
 
Ce syndicalisme de la lutte est en outre extrêmement divisé et ainsi constamment en proie à la surenchère. Les rares moments d'unité, en particulier entre 1936 et 1947, voient au contraire un renforcement de l'influence syndicale, favorisent la négociation et permettent en définitive l'adoption des réformes.
 
Mais un mal plus profond guette aujourd'hui les syndicats : nés dans les années 1880 avec la grande industrie, habitués à une organisation uniforme du travail et aux revendications de masse, ils peinent à s'adapter à une économie de plus en plus flexible. A l'heure des désirs individuels et de l'activité à la carte, les syndicats doivent absolument se réinventer, car ils restent, malgré tout, une des conditions du progrès social.
 
 
1791 : LA LOI LE CHAPELIER INTERDIT LES ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES
 

Isaac Le Chapelier, auteur de la loi qui porte son nom. ©AKG
Isaac Le Chapelier, auteur de la loi qui porte son nom. ©AKG
 
Une forme de libéralisme intégral inspire les premiers révolutionnaires. Le décret d'Allarde en mars 1791, puis la loi Le Chapelier en juin, interdit toute forme d'organisation professionnelle et réprime leur reconstitution. Ce «délit de coalition» sera utilisé pour briser les grèves et prohiber les syndicats jusqu'à sa suppression en 1864.
 
1884 : LA LOI WALDECK-ROUSSEAU LÉGALISE LES ORGANISATIONS SYNDICALES
 
Autorisés de fait par le Second Empire depuis 1864, les groupements professionnels, qu'ils soient ouvriers ou patronaux, reçoivent officiellement une base légale avec la loi Waldeck-Rousseau. Le texte précise qu'ils pourront désormais «se constituer librement sans autorisation du gouvernement», mais devront avoir pour objet exclusif «l'étude et la défense des intérêts économiques industriels, commerciaux et agricoles». Cette loi est toujours en vigueur.
 
1848 : LES ÉMEUTES CONTRE LA SUPPRESSION DES ATELIERS NATIONAUX SONT MATÉES
 
Pendant près d'un demi-siècle, la France vit au rythme d'insurrections ouvrières comme celle des Canuts - les travailleurs qui produisent de la soie - ou ici, des ouvriers en colère contre la suppression des Ateliers nationaux. Les revendications sociales tendent à supplanter progressivement les préoccupations politiques.
 
Ces mouvements et tous leurs symboles (drapeaux rouges, barricades, «L'Internationale»...) serviront de références obligées à ceux qui, dans les années 1880 et 1890, créeront les syndicats.
 
Les émeutes de 1848 ©Rue des Archives/Tallandier
Les émeutes de 1848 ©Rue des Archives/Tallandier
                
1891 : LE PAPE DONNE SON ACCORD À LA CONSTITUTION DE SYNDICATS CHRÉTIENS
 
L'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII définit la doctrine sociale de l’Église catholique et ouvre la voie à la constitution des syndicats chrétiens. Ceux-ci se fédéreront en 1919 au sein de la CFTC, la Confédération française des travailleurs chrétiens.
 
1895 : LES FÉDÉRATIONS ET LES BOURSES DU TRAVAIL S'UNISSENT POUR CRÉER LA CGT
 
La France traverse, dans les années 1880 et 1890 une grave crise économique : la Grande Dépression. Les grèves se multiplient; de nombreux syndicats voient le jour, puis progressivement s'organisent. En 1886 est créée une première Fédération nationale des syndicats, d'inspiration marxiste, puis en 1892 la Fédération des Bourses du travail par Fernand Pelloutier. L'ensemble forme en 1895, au Congrès de Limoges, la Confédération générale du travail.
 
 
1906 : LA CHARTE D'AMIENS ACTE L'INDÉPENDANCE DES SYNDICATS VIS-À-VIS DES PARTIS POLITIQUES
 
Lors de son neuvième Congrès à Amiens, la CGT proclame solennellement son indépendance par rapport aux partis politiques et définit une ligne anarchosyndicaliste fondée sur la grève générale. Plus d'un siècle après, la Charte d'Amiens continue d'être une référence sacrée pour une large partie du syndicalisme français. Elle assigne à ce dernier un rôle de «défense des revendications immédiates et quotidiennes», mais aussi de «lutte pour une transformation d'ensemble de la société, en toute indépendance des partis politiques et de l’État».
 
1906 : LA GRANDE MANIFESTATION DE LA CGT EST RÉPRIMÉE PAR LA POLICE
 
Depuis 1889, le 1er Mai est une journée internationale de mobilisation avec pour revendication la limitation du temps de travail quotidien à 8 heures. En 1906, la CGT organise une grande manifestation à Paris. Interdite (la première autorisation ne sera donnée qu'en 1909), elle donne lieu à de violents affrontements avec la police. La journée de 8 heures sera votée en 1919.
 
Les terrassiers du métro parisien manifestent pour la journée de 8 heures.  ©Gérard Blancourt/Rue des Archives
Les terrassiers du métro parisien manifestent pour la journée de 8 heures.
  ©Gérard Blancourt/Rue des Archives
                
1914 : À LA MORT DE JAURÈS, LES SYNDICATS ABANDONNENT LE PACIFISME ET SE RALLIENT À LA GUERRE
 
Le 4 août 1914, sur la tombe de Jaurès assassiné quatre jours plus tôt, le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, annonce le ralliement du syndicat à l'Union sacrée, rompant avec une tradition pacifiste jusqu'alors bien ancrée. Cette ligne est de plus en plus contestée à partir de 1917 sur fond de conflits croissants dans les usines de l'arrière.
 
 
1921 : LA RÉVOLUTION RUSSE FAIT EXPLOSER LA CGT
 
Déjà ébranlée par l'opposition entre pacifistes et partisans de l'Union sacrée, la CGT ne résiste pas au choc venu de Moscou. Comme la SFIO au Congrès de Tours, elle se divise entre une aile réformiste majoritaire et une CGTU (unifiée) qui rassemble dans un premier temps les révolutionnaires de tout poil, mais où les communistes, très liés à l'URSS, prennent bientôt le dessus.
 
1936 : LE FRONT POPULAIRE LÉGALISE LES DÉLÉGUÉS D'ATELIER ET CRÉE LES CONGÉS PAYÉS
 
Engagées conjointement dans le Front populaire, la CGT et la CGTU se réunifient en mars 1936. Après la victoire de la gauche aux élections, des grèves éclatent en mai, spontanées, souvent festives, avec occupation des usines. Les accords de Matignon négociés avec le patronat comportent de nombreuses avancées sociales : hausses des salaires, conventions collectives, auxquelles s'ajoutent, par la loi, la semaine de 40 heures, deux semaines de congés payés et les délégués d'atelier.
 
1944 : CGT, CGC ET CFTC SONT CHARGÉES DE GÉRER LA SÉCU
 
Interdites par Vichy, renforcées par leur participation à la Résistance et signataires du programme du Conseil national de la Résistance, la CGT et la CFTC sont associées aux réformes de structure de la Libération. Ces deux centrales, ainsi que la Confédération générale des cadres (CGC), créée en octobre 1944, gèrent la toute nouvelle Sécurité sociale et les comités d'entreprise.
 
1947 : LE GOUVERNEMENT RÉPRIME LES GRÈVES INSURRECTIONNELLES LANCÉES PAR LA CGT
 
L'unité syndicale ne survit pas à la Guerre froide. Des grèves insurrectionnelles, menées par les communistes, se déclenchent à l'automne 1947, durement réprimées par le ministre socialiste Jules Moch. La minorité non communiste quitte la CGT pour former Force ouvrière... avec l'aide des syndicats américains.
 
1958 : CFTC, CGC ET FO CRÉENT L'ASSURANCE CHÔMAGE CONTRE L'AVIS DE LA CGT
 
L'assurance chômage est instituée non par la loi, mais par un accord interprofessionnel signé par les centrales réformistes et le CNPF (le Medef de l'époque) contre l'avis de la CGT. Soixante ans plus tard, l'Unédic est toujours gérée par les partenaires sociaux.
 
> Vidéo. Les Français préfèrent-ils vraiment le chômage ?


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1968 : LES ORGANISATIONS OUVRIÈRES PROFITENT DU MOUVEMENT DE MAI POUR OBTENIR DES AVANCÉES
 
À la remorque des étudiants, les grandes centrales participent au mouvement de mai et en tirent de nombreux avantages, comme la reconnaissance de la section syndicale d'entreprise. Mais les événements montrent aussi les limites de leur influence : elles sont contestées par la base, qui rejette par exemple es accords de Grenelle (ils y obtiennent 35% de hausse du Smig en échange de l'arrêt des grèves), et concurrencées par des groupes issus de l'extrême gauche.
©Keystone/Gammarapho via Getty
©Keystone/Gammarapho via Getty
 
1973 : LA CFDT MÈNE CHEZ LIP UNE EXPÉRIENCE D'AUTOGESTION
 
Lip est le conflit social le plus représentatif des années 1970. Les ouvriers de la marque de montres de Besançon refusent la faillite de leur entreprise et prennent en main la production. Si l'affaire tourne mal, elle renforce l'influence de la CFDT. Créée en 1964 d'une scission du syndicalisme chrétien, celle-ci fait en effet alors de l'autogestion sa principale revendication.
 
1986 : LES SYNDICATS ÉTUDIANTS OBTIENNENT LE RETRAIT DE LA LOI DEVAQUET
 
L'opposition à la réforme des universités voulue par le gouvernement de Jacques Chirac démontre la puissance des syndicats étudiants et lycéens, et leur capacité à faire descendre la jeunesse dans la rue. Le mouvement sera endeuillé par la mort d'un étudiant de 22 ans, Malik Oussekine, victime de la violence des forces de l'ordre. Depuis 1986, la France vit au rythme régulier de ces éruptions juvéniles.
 
1995 : LA LUTTE CONTRE LE PLAN JUPPÉ BLOQUE LA FRANCE PENDANT TROIS SEMAINES
 
En novembre et décembre 1995, près de 2 millions de personnes sont dans la rue pour s'opposer à la réforme de la Sécu. Malgré ses slogans unitaires, le conflit touche surtout la fonction publique et les transports. Il a des conséquences durables sur le paysage syndical, désormais partagé entre une aile réformiste incarnée par la CFDT et une aile contestataire qui associe les frères ennemis de la CGT et de FO, elle-même concurrencée sur sa gauche par le nouveau syndicat SUD.
 
 
2008 : NICOLAS SARKOZY MODIFIE LES CRITÈRES DE REPRÉSENTATIVITÉ SYNDICALE
 
Les critères de représentativité, qui dataient de l'après-guerre et favorisaient de fait les cinq confédérations historiques (CGT, FO, CFTC, CFDT et CGC), sont revus pour laisser la place aux nouveaux entrants comme l'Unsa, un syndicat réformiste très présent dans la fonction publique, et SUD.
 
Frédéric Tristram  | Mis à jour le 02/03/2017 à 16:13 | www.capital.fr

jeudi 2 mars 2017

Les banques françaises jouent la modération salariale

Les banques françaises jouent modération salariale
Les banques françaises jouent la modération salariale

 Les banques commerciales favorisent les modes de rémunération alternatifs. Seules les banques mutualistes maintiennent les augmentations collectives.
 
Engagées dans de nouveaux plans de réduction des coûts, sur fond de taux d'intérêt au plancher, et dans une course à la digitalisation qui exige d'importants investissements, les banques françaises vont encore faire preuve de rigueur en matière de rémunération de leurs équipes. A l'issue des traditionnelles négociations salariales annuelles (NAO), qui décident des rémunérations applicables en 2017, la plupart des établissements ont opté pour la modération.

Des outils de rémunération alternatifs
 
Comme en 2016, les banques mutualistes - à l'exception du réseau Caisse d'Epargne - ont certes privilégié des augmentations de salaire pérennes, mais bien souvent plus limitées qu'en 2016. Dans le réseau Banque Populaire, une augmentation plus réduite (+0,4 %) a ainsi été négociée pour 2017 et elle concernera un panel de salariés plus faible aussi qu'en 2016, puisque cette mesure se concentre sur les salaires inférieurs à 50.000 euros brut, contre 60.000 euros il y a un an. Au Crédit Agricole, « faute d'accord, la proposition de la direction a été ramenée de 0,6 % d'augmentation pérenne à 0,5 %. C'est un niveau nettement inférieur aux anticipations d'inflation de Crédit Agricole SA qui atteignent 1,2 % pour 2017 », fustige de son côté un responsable syndical au sein de la Banque verte. Parmi les établissements mutualistes, le Crédit Mutuel CM11-CIC fait figure d'exception avec 0,7 % d'augmentation générale accordée à l'ensemble de ses salariés et un plancher de 250 euros brut pour les plus bas salaires.

 
Les banques dites « commerciales » ne sont pas mieux-disantes. En 2017, comme en 2016, Société Générale, LCL et BNP Paribas se sont en effet refusées à mettre en œuvre des augmentations de salaire pérennes. Pour compenser, Société Générale et BNP Paribas ont eu recours à des outils de rémunération alternatifs. La banque de la rue d'Antin a accordé une prime de 1.000 euros - versée en supplément d'intéressement - ainsi qu'un abondement exceptionnel au plan d'épargne salariale de 210 euros. De son côté, la banque de la Défense, qui dispose d'une base historique d'actionnaires salariés, s'est proposée de doper la participation de l'entreprise lors des augmentations de capital réservées à ses salariés tous les trois ans. LCL, quant à lui, s'est concentré sur des augmentations individuelles.
 
Des mesures qui, aux yeux des représentants des salariés, ne permettent pas de garantir l'attractivité d'un secteur en pleine mutation. « Les enveloppes consacrées aux mesures individuelles et collectives continuent de baisser. Ces pratiques envoient des signaux très négatifs sur l'attrait de la profession bancaire aux jeunes diplômés », regrette Régis Dos Santos, président du SNB, deuxième syndicat du secteur bancaire.
 
Sharon Wajsbrot - www.lesechos.fr