mercredi 24 septembre 2014

"Le Medef veut nous faire travailler comme des Chinois"

La découverte des propositions du patronat provoque la colère des syndicats. A la CFTC, Joseph Thouvenel estime que toucher au Smic ne ferait que précariser un peu plus les travailleurs pauvres. Interview.
Président du Medef, Pierre Gattaz est également le président du directoire de Radiall, une société créée en 1952 par son père. (AFP)
Président du Medef, Pierre Gattaz est également le président du directoire de Radiall,
une société créée en 1952 par son père. (AFP)


Le Medef a présenté les propositions de son plan pour créer 1 millions d'emplois mercredi 24 septembre. Temps de travail, contrats de projet, seuils, jours fériés, ces pistes font bondir les syndicats. Vice-président de la CFTC, Joseph Thouvenel a lu le texte et revient sur la question du salaire minimum.




 
Vous avez reçu les propositions faites par le Medef ce matin. Quelle est votre première impression ?
 

- Avec son petit livre jaune, le Medef a le très grand mérite de l'honnêteté : il a l'intention de nous faire travailler comme des Chinois. C'est le grand bond en arrière. Pierre Gattaz parle du collectif pour mieux aller sur l'hyper-individualisme, celui du chef d'entreprise.
 
Quand je lis ce texte, j'ai envie de citer une revue, qui n'est pas forcément connue pour être d'extrême-gauche, qui s'appelle "Valeurs Actuelles" et qui a comme sous-titre "Il n'est de richesse que d'homme". Le Medef l'a complètement oublié. Ses propositions peuvent toutes être vues à travers ce tamis : il s'agit d'une grande régression.
 
Qu'implique pour vous la piste d'un cadre transitoire d'accès à l'emploi "destiné à certaines populations très éloignées de l'emploi" ?
 
- Le cadre transitoire existe déjà : c'est l'apprentissage. Oui, il faut développer l'apprentissage. C'est là, ce n'est pas la peine de d'inventer autre chose. D'ailleurs, il y a également les stages et on voit les dérives de l'utilisation que font certains employeurs des stagiaires.
 
Le Medef est en train de détruire toute la culture d'entreprise et de vouloir transformer les salariés en des mercenaires. Mais un mercenaire n'a aucune fidélité. Si on lui dit "on vous emploie pour tant de temps et après on verra", il ira vers le plus offrant. Il en fera un minimum puisque ce sera la loi et qu'après il ne comptera plus pour l'entreprise. Que reste-t-il alors de la transmission de culture d'entreprise ?
 
Ce point précis implique-t-il une remise en cause du Smic ?
 
- Sur le salaire minimum, les mots ont un sens. Le salaire minimum, c'est le minimum du salaire. Je ne sais pas ce qu'il y a en dessous de minimum. Il y a une attaque de ce minimum c'est-à-dire une non reconnaissance de la valeur travail.
 
Je suis un syndicaliste chrétien. Je n'oublie pas qu'il y a quelqu'un au Moyen-âge qui avait théorisé sur le juste salaire, celui qui doit permettre à tout travailleur de vivre dignement : Saint Thomas d'Aquin. C'était au Moyen-âge et en 2014, le Medef propose le grand bond en arrière.
 
Quelles seraient les conséquences d'une baisse de ce salaire minimum ?
 
- Cela pose des problèmes de pouvoir d'achat, de logement… Si on continue à précariser un peu plus les salariés qui le sont déjà, ils ne peuvent plus s'engager pleinement dans la vie. Quel propriétaire va accepter de leur louer un logement ? Quelle banque va accepter de leur faire un prêt ? En macro-économie, c'est toute la société qui s'affaiblit.
 
Le semaine dernière, lors des fuites sur ses propositions, le Medef avait pourtant dit qu'il n'était pas question du Smic !
 
- Nous avons un vrai problème de fiabilité. Il y a plusieurs discours. Celui de la négociation sur l'agenda social, les discours de la semaine d'après, les rectificatifs… Et même à l'intérieur du document, on voit les contradictions. A un moment, ils expliquent que c'est le marché qui doit tout guider. Et tout à coup, quand on arrive à l'énergie, là, ce n'est plus le marché, il faut mobiliser l'épargne et les aider pour avoir une énergie moins chère. Il faudrait savoir !
 
Voyez-vous des éléments à discuter avec le Medef ?
 
- Nous voulons discuter de l'agenda social qui a été négocié. Ces points n'ont pas étaient amenés dans l'agenda. Sauf à croire que le Medef ait eu la révélation le week-end dernier, comment oser employer les mots de "bâtir un nouveau dialogue social" avec ce type de méthodes ?
 
Qu'attendez-vous maintenant du patronat ?
 
- Je ne veux pas mélanger tous les chefs d'entreprises français et le Medef, ce n'est pas la même chose. Alors, il faut que les dirigeants du Medef arrêtent d'essayer de se trouver des excuses en dehors de leur champ de responsabilité. Et leur champ de responsabilité, c'est de faire des produits qui se vendent. Tant que ce ne sera pas le cas, on n'ira pas mieux. Il y a des entreprises qui le font très bien. Nous ne serons compétitifs sur les marchés qu'en faisant du haut de gamme. Nous tirer vers le bas, c'est nous enfermer dans le bas de gamme. On ne sera jamais compétitifs par rapport aux travailleurs chinois pour fabriquer la même chose.
 
Leur champ de responsabilité, c'est d'aller prendre des marchés à l'international, ce n'est pas de pleurer tous les matins pour avoir des aides en disant qu'il y a trop de charges.
 
Propos recueillis par Louis Morice - Le Nouvel Observateur
 
 



mardi 16 septembre 2014

Le patronat doit respecter ses engagements

À l'occasion de son second discours de politique générale, le Premier ministre a réaffirmé sa ligne en termes de politique économique, notamment en rappelant les objectifs premiers du Pacte de responsabilité et du CICE. En effet, Manuel Valls a rappelé que les marges dégagées grâce à ces dispositifs doivent prioritairement servir l'emploi, l'investissement, la formation et l'apprentissage, et non une augmentation de dividendes ou des très hauts salaires, ce que la CFTC ne saurait accepter.
 
Parce que la confiance n'exclut pas le contrôle, la CFTC avait réclamé il y a quelques semaines, la mise en place rapide de l'observatoire national tripartite annoncée par le relevé de conclusions (instance de suivi, d'évaluation, de contrôle). La déclaration du Premier ministre va donc dans ce sens, puisqu'il prévoit la mise en place du comité de suivi des aides publiques dans les prochaines semaines. La CFTC qui y participera de manière constructive, veillera à ce que les résultats attendus soient au rendez-vous. 
 
Enfin, concernant la série de propositions du MEDEF, révélées hier, la CFTC est rassurée par les propos du Premier ministre qui met en garde le patronat contre la « provocation » et la « surenchère ». Pour la CFTC, le dialogue social doit être respectueux et apaisé afin d'œuvrer à l'amélioration de la situation de l'emploi. Il appartient donc au patronat de clarifier ses intentions.
 
Communication©cftc
 
Philippe Louis  
Président confédéral  
 

lundi 15 septembre 2014

Quand le Medef réactive ses vieilles recettes pour alléger le code du travail

Pierre Gattaz, président du Medef, promet 1 million d'emplois en échange d'un code du travail simplifié
Pierre Gattaz, président du Medef, promet 1 million d'emplois en échange d'un code du travail simplifié
(Crédits : Reuters)

Le Medef propose dans un document d'alléger le code du travail afin de créer 1 million d'emplois. Présentées comme de "nouvelles mesures", ces propositions ne font que reprendre de très vieilles idées de l'organisation patronale.
 
Ainsi le Medef a finalement décidé de publier ses mesures chocs censées aider à créer 1 million d'emplois. Elles sont regroupées dans un document intitulé « Comment relancer la dynamique de création d'emplois en France ». En réalité, Les idées du Medef étaient connues depuis plusieurs mois et avaient commencé à filtrer ici et là. Mais les rendre publiques, via la presse, en ce début de semaine est un bon « coup de com ».
 
En effet, mardi 16 septembre, dans son discours de politique générale devant l'Assemblée, le Premier ministre Manuel Valls devra d'une façon ou d'une autre se positionner sur les propositions du Medef. Et jeudi 18 septembre, lors de sa conférence de presse semestrielle, le président de la République devra en faire de même.
 
Des propositions qui remontent à 10, 20, voire 30 ans
 
Ceci dit, les propositions émises par le Medef ne brillent pas par leur originalité. Au moins, l'organisation de Pierre Gattaz reste fidèle à ses convictions. Cela fait en effet plus de dix ans (voire davantage) - l'époque où l'organisation était dirigée par le duo de choc Ernest-Antoine Seillière et Denis Kessler - que le Medef réclame toues ces modifications dans le code du travail. C'est même Denis Kessler, à l'époque vice-président délégué du Medef et aujourd'hui patron du réassureur Scor, qui les a théorisées et qui souhaitait les appliquer via ce que l'on a appelé la « refondation sociale ».

Il en va ainsi de la durée du travail. Dans ses « nouvelles » propositions, le Medef ne varie en réalité pas d'un iota par rapport à ce que disait Denis Kessler au lendemain des lois Aubry. La France devrait retenir le modèle anglais où la durée du temps de travail est négociée dans chaque entreprise, ou, à défaut, au niveau de la branche. Et il ne devrait plus avoir de durée légale du travail fixée dans le Code du travail. Si ce système était retenu, ce serait alors un moyen de moins bien rémunérer les heures supplémentaires. Actuellement, en France, la durée légale de 35 heures hebdomadaires constitue en vérité le seuil de déclenchement des « heures sup ». C'est tout.

L'employeur est totalement libre d'imposer une durée réelle supérieure dès lors qu'il respecte la limitation européenne de 44 heures hebdomadaires. Sa seule obligation est de rémunérer davantage (25% de plus les 8 premières « heures sup »), les heures effectuées au-delà de 35 heures. D'ailleurs, actuellement, en France, la durée effective moyenne du temps de travail des salariés à temps plein est plus proche de 40 heures que de 35 heures. Dans le dispositif souhaité par le Medef, la négociation d'entreprise ou de branche devrait permettre de remonter ce seuil de 35 heures afin de limiter le sur-paiement des heures sup.
 
Jours fériés supprimés, déjà en 1987
 
Quant à la suppression de deux jours fériés, là aussi, il s'agit d'une vielle antienne du Medef. En 1987, l'un des dirigeants du CNPF (l'ancêtre du Medef), Victor Sherrer, avait écrit un livre « La France paresseuse » qui faisait exactement la même suggestion. Pourtant, la France se situe dans la moyenne européenne en nombre de jours fériés.

Quant à l'ouverture dominicale, le Medef enfonce une porte ouverte, puisqu'à l'issue de la remise du rapport Bailly sur la question fin 2013, il était convenu qu'une loi devait intervenir cette année pour clarifier la situation, notamment en réfléchissant sur l'extension du nombre des zones touristiques autorisées à travailler le dimanche. C'est là que, éventuellement, réside des réserves de croissance. A noter qu'en Allemagne, qui d'habitude sert de modèle, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe est venue limiter le nombre des ouvertures dominicales autorisées par les Länder.

Yvon et Pierre Gattaz, même combat

Concernant les dérogations possibles au Smic où la création d'un contrat de projet, autres idées avancées par le Medef, là aussi rien de nouveau . En 1984, Yvon... Gattaz, père de Pierre, alors président du CNPF avait suggéré d'instituer des « emplois nouveaux à contraintes allégées » (les Encas). Yvon Gattaz promettait au gouvernement Mauroy plus de 400.000 embauches si, en contrepartie, les entreprises bénéficiaient de davantage de flexibilité sur les contrats de travail et d'allègements de cotisations.

Ce qui est paradoxal dans la démarche actuelle de Pierre Gattaz c'est de réclamer de pouvoir déroger au Smic « pour les populations les plus éloignées de l'emploi ». Mais afin « de garantir un pouvoir d'achat équivalent au Smic », le revenu du salarié pourrait « être complété par des allocations sociales »... Soit exactement la logique actuelle des contrats aidés et notamment du contrat initiative emploi (CUI-CAE) réservé au secteur marchand dont une partie de la rémunération (égale au Smic) est prise en charge... par l'Etat.
 
Dérogation au Smic, ça existe déjà
 
La même logique prévaut également avec les contrats en alternance ou d'apprentissage. Les jeunes titulaires de ces contrats bénéficiant d'une formation et n'étant pas totalement « opérationnels » ne perçoivent donc qu'un certain pourcentage du Smic horaire qui varie en fonction de leur âge et de leur avancement dans le contrat. Au total, donc, il y a déjà en France des centaines de milliers de salariés qui ne perçoivent pas le Smic horaire.

Enfin, il y les fameux seuils sociaux. Là aussi, l'idée de les « lisser » est très ancienne... Sauf qu'à chaque négociation par le patronat et les syndicats d'un accord national interprofessionnel (ANI)... on en remet une couche en instituant de nouvelles distinctions entre les entreprises selon leur taille. Une sorte de schizophrénie.

On l'a vu encore en 2013 avec l'accord sur la formation professionnelle. Sans oublier une disposition du code du travail - curieusement non mise en avant par le Medef - qui autorise les entreprises de moins de deux cents salariés à fusionner dans une « délégation unique du personnel », les comités d'entreprise et les délégués du personnel. Et un accord collectif n'est même pas nécessaire pour y parvenir...
 
Bref, le Medef cherche à faire du neuf avec du vieux. Astucieusement, il profite de cette période de fort chômage, avec une majorité aux abois qui cherche à donner des gages aux entreprises, pour pousser ses pions. En privé, de nombreux dirigeants patronaux reconnaissent que les assouplissements demandés au droit du travail ne seront pas nécessairement créateurs d'emplois. L'impact espéré est davantage psychologique. Il s'agit de redonner confiance aux chefs d'entreprise et de rassurer d'éventuels investisseurs étrangers avec ce message : « vous voyez, le droit du travail français n'est pas si complexe ».
 
Jean-Christophe Chanut - La Tribune

dimanche 14 septembre 2014

La CFTC suspend sa participation à la rencontre sur la modernisation du dialogue social

Face aux provocations du Medef dévoilées par la presse, la commission exécutive de la CFTC, réunie ce jour, a décidé de suspendre sa participation à la rencontre bilatérale sur la modernisation du dialogue social prévue le lundi 22 septembre avec le Medef.

Censée préparer la future négociation avec notamment la question des seuils, cette réunion n'a, pour la CFTC, plus lieu d'être. En effet, il appartient au Medef de clarifier sa position concernant les thèmes qu'il souhaite aborder dans l'agenda social. Négocié et conclu la semaine dernière, cet agenda déjà très chargé ne correspond en rien aux thèmes devenus publics ce jour.

La CFTC regrette profondément, que ce qui apparaît aujourd'hui comme un « coup de com' », puisse nuire au sérieux et à la confiance nécessaires entre partenaires sociaux pour répondre aux défis que nous devons affronter ensemble afin de retrouver le plein emploi.
 
 Communication©cftc 
                                                                                                Philippe Louis  
Président confédéral
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

jeudi 11 septembre 2014

Agenda social / La CFTC dans un esprit de fermeté constructive

CFTC - Confédération Française des Travailleurs Chrétiens

 Dans un contexte économique et social difficile, les partenaires sociaux se retrouvent aujourd'hui pour établir l'agenda social de l'année à venir. Pour la CFTC, le dialogue social existe et l'emploi est sa priorité. C'est pour cette raison qu'elle abordera cette rencontre dans un esprit de fermeté constructive.

Concernant l'agenda 2013/2014, la CFTC déplore que le comité de suivi de l'ANI du 11 janvier 2008 sur la « modernisation du marché du travail », incluant les ruptures conventionnelles, soit resté lettre morte. Elle souhaite à minima la mise en place d'un groupe de travail.

Comme pour les années précédentes, l'élaboration de ce programme de travail doit tenir compte de la feuille de route gouvernementale. Néanmoins, il est primordial pour la CFTC que les partenaires sociaux fixent, en toute indépendance, leurs priorités en matière de négociations sociales.

Concernant l'emploi :
- La CFTC est favorable à l'ouverture d'une nouvelle négociation pour les jeunes, après la présentation de l'évaluation des ANI jeunes.
- Face au chômage de longue durée qui continue sa progression, la CFTC estime urgent de prendre en compte deux situations : les demandeurs d'emploi qui vont arriver en fin de droits et ceux qui sont déjà en fin de droits.

Concernant la durée légale du travail, la CFTC considère qu'il n'y a pas lieu d'ouvrir une négociation.

Enfin, le gouvernement demande aux partenaires sociaux de se pencher sur l'amélioration de la qualité du dialogue social dans les entreprises. La CFTC veillera, lors de cette négociation, à ce que chaque salarié puisse disposer d'une réelle représentation à travers une instance. Elle traitera également de la valorisation des parcours des élus et représentants syndicaux, grands oubliés des 21 réunions qui se sont tenues entre 2009 et 2012. Il conviendra aussi, pour la CFTC, de traiter de la discrimination syndicale.

Enfin, la CFTC rappellera qu'elle prône depuis plusieurs années la création d'un comité paritaire permanent du dialogue social composé de représentants des salariés et des entreprises. Cette instance permettrait d'organiser en commun les travaux, d'en évaluer les résultats et si besoin d'en corriger les effets ; elle permettrait, également, de jeter les bases d'un dialogue social franc, sincère et respectueux de tous les interlocuteurs.

 Agence News Press   

mercredi 10 septembre 2014

BPCE : la mutualisation de l'informatique des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires inquiète les syndicats

logo BPCE
DR

Le groupe BPCE, qui coiffe les Caisses d'Épargne et les Banques populaires, veut mutualiser sa production informatique, un projet dénoncé mercredi par les syndicats, inquiets des impacts sociaux.
 
« Juste avant le 14 juillet, la direction nous a annoncé de façon informelle au cours d'un comité d'entreprise (CE) qu'elle souhaitait créer une société anonyme (SA) pour l'ensemble du personnel de la production informatique », a assuré à l'AFP Marc Brugnooge, du syndicat SUD, deuxième syndicat de la Caisse d'Épargne. « L'objectif est bien de se débarrasser de l'informatique et de ses salariés », estime-t-il, parce que la direction « veut négocier un accord de méthode dans lequel il y aura un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) ».
 
Quelque 3.200 informaticiens sont concernés par ce projet de « restructuration », selon une intersyndicale (CFTC, CFE-CGC, FO, SUD, Unsa), qui dénonce dans un communiqué « des impacts sociaux nombreux ».
 
70 millions d'euros d'économie par an et le maintien de l'emploi
 
Contactée par l'AFP, la direction du groupe a affirmé que ce projet de transformation de ses activités informatiques reposait « d'une part sur la création de l'entreprise BPCE Infogérance et Technologies », qui concerne 1.200 salariés, et d'autre part, « sur la spécialisation des sites par grandes lignes de métiers ». Cette opération se traduirait par « le maintien dans l'emploi, la conservation de toutes les implantations actuelles, la mobilité des collaborateurs sur la base du volontariat et l'application volontaire de la convention collective nationale des banques », précise la direction. L'objectif affiché de la direction est de réaliser une économie financière de 70 millions d'euros chaque année.
 
Par ailleurs, l'intersyndicale conteste « vigoureusement la méthode choisie pour réaliser des économies, sachant que ce nouveau projet vient après de multiples efforts financiers réalisés dans le cadre des plans stratégiques précédents ». « Les mobilités fonctionnelles et géographiques que devront subir les salariés dégraderont encore l'efficacité opérationnelle des systèmes d'information déjà malmenés par les rapprochements successifs, tout en portant un grave préjudice aux conditions de travail des salariés », déplorent les syndicats. Un comité d'entreprise est prévu le 18 septembre.

Par la rédaction cBanque avec AFP

mardi 9 septembre 2014

François Pérol: "Il n'y a pas d'austérité en France"

Alors qu'il vient de prendre la tête de la Fédération bancaire française, le président de BPCE juge positif le tournant libéral de l'exécutif. Mais il met en garde: six ans après la faillite de Lehman Brothers, le monde n'a pas tiré tous les enseignements de la crise. 
 

François Pérol: "Il n'y a pas d'austérité en France"
Croissance zéro, chômage massif... François Pérol juge urgent de rétablir
 la compétitivité de l'appareil productif français.© J.-P. Guilloteau/L'Express
Que pensez-vous de la conversion libérale du gouvernement ?
 
C'est une clarification bienvenue, et qui me semble salutaire dans la période actuelle, compte tenu des difficultés économiques que traversent l'Europe et la France et de l'instabilité géopolitique - crise en Irak, au Moyen-Orient, en Ukraine... On peut certes continuer à refuser l'économie de marché, mais les conséquences sont extraordinairement négatives pour notre pays. L'autre choix, c'est d'accepter ses règles de fonctionnement et l'idée que nous sommes en compétition avec d'autres Etats. Nous disposons d'atouts considérables. Utilisons-les ! 
 
L'ex-secrétaire général adjoint à l'Elysée, l'ancien banquier de Rothschild que vous êtes est-il sensible à la nomination à Bercy d'Emmanuel Macron, qui a suivi le même parcours que vous ?
 
Là encore, je trouve positif que le ministre de l'Economie soit un homme qui connaisse l'entreprise pour y avoir travaillé, et aussi l'administration pour l'avoir fréquentée. Comme Emmanuel Macron est parfaitement en accord avec ce que souhaitent faire le président et le Premier ministre, sa nomination clarifie la ligne économique du gouvernement. C'est fondamental dans cette période troublée, même si on ne doit pas en attendre une révolution dans les six mois... 
 
Il y a tout de même urgence !
 
Bien sûr, mais il importe d'abord de définir une vision cohérente. Si votre projet n'est pas clair, votre action est nécessairement brouillonne, mal comprise et jugée sévèrement. Le gouvernement gagnerait à prendre du temps pour affiner sa stratégie. 
 
Elle est déjà définie, non?
 
La direction générale est claire. Le gouvernement a fait le choix d'une politique de l'offre. Elle correspond à un bon diagnostic de la situation de l'économie française. Parce que notre appareil productif n'est pas compétitif. Aujourd'hui, le privé ne peut plus subvenir aux besoins de financement du secteur public, et ceux-ci ne peuvent plus être couverts par un recours à l'endettement. Il faut donc renforcer le secteur privé. Cela dit, si le diagnostic est bon, je pense qu'il n'est pas tout. Quand Cécile Duflot soutient que la transition énergétique est une priorité, on doit l'écouter aussi. 
 
Avez-vous apprécié la "déclaration d'amour" de Manuel Valls aux entreprises?
 
La démarche du Premier ministre devant le Medef est extrêmement positive. Les entreprises ne sont ni de droite ni de gauche : les patrons veulent la réussite de leur société, innover, gagner des marchés... Dire que la création d'emplois passera par l'entreprise, c'est du bon sens. Il faut créer des richesses avant de les distribuer. 
 
En cette rentrée, quelle analyse faites-vous de la situation économique française et, au-delà, de celle de la zone euro?
 
L'économie française ne croît plus. La production industrielle est inférieure de 15% à ce qu'elle était en 2007 ; le potentiel de l'économie s'est affaibli ; nous sommes en situation de chômage structurel de masse. Il faut donc renforcer les capacités productives de l'économie afin de produire plus et mieux.
 
Le gouvernement a deux défis supplémentaires à relever. Il lui faut d'abord trouver le bon réglage conjoncturel, car les politiques de soutien de l'offre peuvent, au moins dans un premier temps, peser sur l'activité. Ensuite, la France n'est pas isolée, elle évolue dans la zone euro. Si celle-ci ne risque plus d'imploser, elle n'a pas réglé pour autant tous ses problèmes, même si des progrès considérables ont été faits, comme l'adoption de l'Union bancaire. Il faut cependant aller plus loin dans l'intégration économique européenne. 
 
Au Fonds monétaire international comme à la Banque centrale européenne, Christine Lagarde et Mario Draghi se sont déclarés favorables à des initiatives de relance dans la zone euro. Un sommet européen doit être consacré à cette question le 6 octobre. Les esprits semblent évoluer...

Suite de l'article sur...... L'express L'Expansion
 
Propos recueillis par et ,
 

vendredi 5 septembre 2014

La rentrée syndicale est là !

Le portail CFTC "Droit du travail en images" est désormais ouvert à tous !

3 webdocs

-"Les frais de santé, c’est pas si compliqué !"
-"Une convention collective, à quoi ça ?"
-"De bonnes conditions de travail, ça vous branche ?".
 
Le droit du travail, c'est beaucoup plus simple en IMAGES !
 
Votre convention collective (jeu interactif)  De bonnes conditions de travail (vid�o)  Votre compl�mentaire sant� (vid�o)

L'open space néfaste pour la productivité


Le travailleur éprouve régulièrement le besoin de se mettre en retrait quand les incommodités de l'open space nuisent à sa concentration.

L’accélération de nos sociétés se traduit, entre autres, par une perméabilité croissante des sphères privée et professionnelle, souvent au détriment de la vie privée, que le travail peut assez naturellement envahir. Curieusement toutefois, les cadres ne plébiscitent pas une stricte séparation des sphères : ils cherchent au contraire à contrôler les instants qu’ils choisissent de consacrer au travail, et ceux qu’ils vouent à leur vie privée, et à organiser de leur plein gré le passage d’une sphère à l’autre.
 
La nomadisation des technologies de l’information a, par exemple, maintes fois été incriminée dans l’immixtion du travail dans la sphère personnelle. Inversement, la contamination de la sphère professionnelle collective par l’exhibition d’informations personnelles est moins facilement débattue. À tort, car c’est dans une juste distance que me semblent devoir se vivre le collectif de travail et se concevoir l’organisation du travail.
 
Des espaces de travail toujours plus collectifs
 
Or, cette juste distance, ce besoin d’intimité sont questionnés par la collectivisation croissante des espaces de travail. Les avantages théoriques de l’ open space et ses variantes (plateau ouvert, bureau semi-cloisonné, simple bureau partagé, etc.) ont ainsi été exposés de longue date : fluidité de l’information, travail collaboratif, moindres coûts immobiliers, meilleur contrôle des salariés… Ils pourraient toutefois, in fine, s’avérer de mauvais calculs...
 
La productivité et la créativité s’y effondrent, s’accommodant assez mal des niveaux sonores et de l’agitation inhérents à la promiscuité, qui plongent le salarié dans l’over-communication et affectent la concentration, directement et par la fatigue qu’ils occasionnent.
 
En matière de santé psychologique, chacun finit par intérioriser le contrôle et la surveillance, réels ou fantasmés, exercés par l’autre. Pour se protéger, les petites stratégies du quotidien sont nombreuses : dresser des murs symboliques de dossiers, sortir ses écouteurs et écouter de la musique, etc., dont la seule finalité est de reconstituer une bulle protectrice autour de soi, révélatrice d’un sentiment d’agression...
 
Un besoin d'isolement
 
Mais cette "montée de murs" me paraît aussi et surtout être le symptôme d’un autre phénomène : tout travailleur éprouve, régulièrement, le besoin de s’isoler – non pour gérer une affaire privée comme le craint tout manager un brin paranoïaque ou misanthrope, mais pour accomplir sa tâche. Au besoin de collaboration que proclame, en l’exagérant, le règne de l’espace paysager, répond un besoin que je qualifierais de "collaboration".
 
Comme l’indique son étymologie ( solus, "seul"), il s’agit d’un besoin de s’extraire temporairement du monde, d’une aspiration au calme, à la tranquillité, à la sérénité, à la prise de recul, à l’introspection et à la réflexion, ou plus simplement d’échapper aux multiples pressions pour simplement accomplir la partie concrète de sa tâche et, dans le meilleur des cas, prendre le temps de faire du "beau travail".
 
Ainsi présentée, la collaboration a sans doute quelque parenté conceptuelle avec la philosophie de la lenteur ou le slow management, voire avec certains mouvements contestant l’ordre capitaliste. Dénuée, pourtant, de toute portée politique, la collaboration vise à réconcilier le beau travail et la performance, dût-elle aller à l’encontre des mythes du "tout communication" et de l’ouverture à 360 degrés.
 
Je la conçois comme l’une des deux modalités du travail (avec la coopération), et comme un impératif, en ce sens qu’il incombe à l’employeur, lorsque son activité s’y prête, de mettre en place les conditions matérielles et organisationnelles propices à la collaboration. En ce sens, l’on pourrait presque parler, du point de vue du travailleur, d’un droit à la collaboration et d’un devoir de collaboration.
 
Dès lors, la collaboration se répercute nécessairement sur l’organisation concrète du travail. D’une part, elle invite à revisiter la question du temps de travail, ou plutôt du temps de présence physique dans l’entreprise. Ici, les outils de communication nomades sont un facteur de souplesse, même si l’on a déjà abondamment souligné combien travailler hors des murs peut s’avérer aliénant, au point de constituer un remède finalement pire que le mal.
 
Concilier travail en retrait et collaboratif
 
Plus intéressante me semble la piste de l’aménagement des lieux de travail. À défaut de pouvoir octroyer à chacun un bureau individuel, l’employeur peut essayer de scinder le plateau grâce à des parois végétales pour créer un espace véritablement paysager, ou aménager une salle de pause confortable et à l’écart, pour que les plages de convivialité des uns n’empiètent pas sur les moments de travail des autres…
 
À l’inverse, si l’environnement de travail est exclusivement occupé par des espaces de travail collaboratifs, il n’est pas saugrenu de proposer que des salles ou des bureaux soient mis à la disposition de qui voudrait s’isoler – des espaces collaboratifs en somme ! Le paradoxe est alors qu’il s’agit de recréer des bureaux individuels là où ils ont été supprimés il y a quelques années…
 
L’espace collectif restera pourtant sans doute longtemps la règle. Plus pragmatiquement, l’entreprise peut donc choisir de revisiter sa politique en matière de civilité. Les nuisances des espaces collectifs sont bien connues : la conversation trop bruyante, la réunion improvisée, même de nature professionnelle, tenues à proximité d’un collègue non concerné violent littéralement le besoin d’intimité et de concentration.
 
Une charte du bon usage des appels téléphoniques peut également être co-construite, prévoyant un espace isolé pour les appels personnels et précisant quelques mesures simples de vivre ensemble : passer en mode vibreur et bannir les sonneries tonitruantes, parler bas, proscrire les conversations en mains libres sur haut-parleur (y compris professionnelles, dès lors qu’un des occupants du bureau n’est pas concerné), etc.
 
Ce droit à la collaboration, complémentaire à la coopération, me semble de nature, par sa simplicité et la diversité des situations qu’il embrasse, de sous-tendre de nombreux axes d’amélioration du travail. Côté pile, la collaboration : à elle la prise de recul, la réflexion stratégique et tactique initiale, la créativité individuelle, la veille et la lenteur du travail bien fait.
 
Côté face, la coopération : à elle la mise en débat du travail, la réflexivité, la créativité collective, la tactique opérationnelle ou la prise de décision. À mon sens, le soubassement ne peut en être qu’un pacte moral fort, garantissant simultanément la performance organisationnelle et l’épanouissement personnel par la reconnaissance mutuelle entre employeur et employé, mais aussi et surtout entre collègues.
 

jeudi 4 septembre 2014

Alcoolémie au travail : le contrôle des salariés doit respecter le règlement intérieur

S’il contrôle l’alcoolémie de ses salariés, un employeur doit respecter les conditions prévues par le règlement intérieur de l’entreprise. À défaut, le contrôle effectué ne serait pas valable et ne pourrait pas servir de fondement à un licenciement.
 
C’est ce que vient de juger la Cour de cassation dans une récente affaire. Le salarié avait été licencié pour faute grave pour s’être trouvé dans un état d’imprégnation alcoolique, détecté dans le cadre d’un dépistage préventif et collectif. Le salarié avait saisi la justice pour contester son licenciement.
 
Pour la Cour de cassation, l’employeur ne pouvait, selon les termes du règlement intérieur, soumettre le salarié à un contrôle d’alcoolémie que si le salarié présentait un état d’ébriété apparent à faire cesser immédiatement. Ce n’était pas le cas en l’espèce.
 
Rappelons que, selon le code du travail, le règlement intérieur ne peut apporter aux droits des salariés et aux libertés individuelles des restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir, ni proportionnées au but recherché.
 
Ainsi, selon la jurisprudence, il ne peut prévoir la possibilité pour l’employeur de soumettre les salariés à un contrôle d’alcoolémie sur son lieu de travail qu’à la double condition que les modalités de ce contrôle en permettent la contestation (par exemple une contre-expertise) et qu’eu égard à la nature du travail confié, un tel état d’ébriété soit de nature à exposer les personnes ou les biens à un danger.
 
Légifrance, le service public de la diffusion du droit
 

Choc de simplification : le code du travail continue de s'épaissir

Les années passent, et le code du travail s'étoffe
Les années passent, et le code du travail s'étoffe (Crédits : DR)

La CGPME dénonce l'inflation législative dans le domaine du droit social. Le code du travail a gagné plus d'une page par semaine entre 2012 et 2014.
 
Le gouvernement en est persuadé : le redressement de l'économie française passera par un sérieux choc de simplification. Outre les économies en euros sonnants et trébuchants que ce choc doit permettre, il doit également alléger l'emploi du temps des chefs d'entreprises, qui pourront par exemple se consacrer davantage la recherche de nouveaux clients, et des membres de l'administration à qui seront alors confiées des tâches à plus haute valeur ajoutée.
 
" Quel est l'enjeu de la simplification ? Il a été bien rappelé. C'est un enjeu financier pour les entreprises comme pour l'Etat. C'est un enjeu de compétitivité puisque des pays qui nous sont proches ont déjà engagé, et depuis longtemps, ce processus. C'est également un enjeu humain parce que cela améliore les conditions de travail dans les entreprises et dans les administrations. C'est enfin un enjeu de croissance. C'était l'une des thèses de Guillaume Poitrinal. Si on réalise plus tôt et plus vite ce que l'on a prévu d'engager, on produit plus de croissance. Si on réduit les délais, on augmente la capacité de faire tout de suite, ce qu'on avait été contraint de reporter. Gagner du temps, c'est gagner de la croissance ", avait déclaré François Hollande le 28 mars en déplacement à Toulouse lors de la présentation de ce choc de simplification.
 
Le législateur ne ménage pas ses efforts
 
En attendant que ce choc produise ses effets, l'inflation législative reste vive, en dépit de multiples discours incitant le législateur à la modération. C'est tout particulièrement le cas dans le domaine du droit du travail. "Le gouvernement confond le stock et le flux. Tandis qu'il s'attaque aux anciens textes, l'activité du législateur reste toujours aussi intense. Quels que soient les discours, le Code du Travail continue à s'étoffer. Ainsi entre 2012 et 2014 il a pris 120 pages, soit plus d'une page supplémentaire par semaine", regrette Jean-Eudes du Mesnil du Buisson, le secrétaire général de la CGPME.
 
Un pavé de 1,5 kilo...
 
Résultat, le code du travail français publié par les éditions Dalloz dépasse les 3.400 pages, pour un poids supérieur à 1,5 kilo. Il comprend l'ensemble les lois et des règlements qui régissent les relations entre employeurs, salariés, représentants des salariés et les dispositions sur les conditions de travail. Au total, il comporte plus de 4.000 articles auxquels il faut ajouter une synthèse très courte de la jurisprudence. " Une abondante jurisprudence rendue depuis la dernière publication du Code du travail retrace par ailleurs les importants développements consacrés notamment à la rupture conventionnelle, à l'égalité professionnelle, à la durée du travail, et toujours ceux relatifs aux élections professionnelles et à la représentativité syndicale ", précise l'éditeur.
 
 Fabien Piliu - La Tribune

mardi 2 septembre 2014

Débat relancé sur le travail dominical

Jean-Marie Le Guen a indiqué lundi que la loi sur la croissance comporterait des articles d'ordonnance, dont le travail le dimanche pourrait faire partie. Une décision immédiatement contestée par plusieurs responsables politiques.
 
Gagner du temps. Telle est l'idée de l'exécutif qui espère pouvoir légiférer par voie d'ordonnance sur certains points du projet de loi portant sur la croissance, qui est désormais entre les mains du nouveau ministre de l'Economie Emmanuel Macron.

Concrètement, agir par voie d'ordonnance permettrait au gouvernement de légiférer sans avoir à débattre du détail du texte, en échange d'un accord sur une orientation générale. Le gouvernement demanderait au Parlement de voter une habilitation lui permettant de modifier la législation sur le travail du dimanche, via une ordonnance. Une fois l'ordonnance prise, c'est dans un laps de temps imparti que le gouvernement devra déposer une loi de ratification qui a son tour sera votée par le Parlement.

Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, a souligné lundi que la loi sur la croissance, qui devrait être présenté début octobre, comporterait des articles d'ordonnance, mais sans dire si le travail dominical en ferait partie. "Quand vous touchez à 50 articles du code du travail, par exemple sur ce sujet du travail du dimanche, vous pouvez avoir la volonté de simplifier par une ordonnance." Une déclaration qui n'a pas manqué de déclencher des vives réactions de la part de nombreux responsables politiques.

Vives réactions de la classe politique

Ainsi, les sénateurs communistes se sont opposés au recours par le gouvernement à des ordonnances, une décision "qui confirmerait malheureusement la soumission du pouvoir du Medef et aux marchés français." L'utilisation de l'article 38 de la Constitution permet d'évacuer pour l'essentiel le débat législatif, le Parlement étant dessaisi de son pouvoir de faire la loi au profit du gouvernement" lance Eliane Assassi, présidente du groupe Communiste, républicain et citoyen, "emprunter cette voie autoritaire marque de la part de François Hollande et Manuel Valls une volonté d'imposer au plus vite une cure de libéralisme à notre pays."

Côté syndical, la CFTC, par la voie de son vice-président Joseph Thouvenel a affirmé que l'ouverture des magasins le dimanche mérite "un vrai débat, que les partenaires sociaux soient saisis et que les parlementaires débattent, sinon à quoi sert le Parlement?" avant d'indiquer, " je ne suis pas sûr que la démocratie en sorte très renforcée. Nous ne voyons absolument pas l'intérêt en termes d'emplois."
 
Même réaction du côté du Parti de Gauche qui s'est indigné de la perspective de ce recours aux ordonnances. Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis s'y est quant à lui dit globalement défavorable. En revanche, le président du groupe PS Bruno Le Roux a assuré dimanche qu'il pourrait accepter cette option, "car il y a urgence".

Le Front national est également opposé à la libéralisation du travail dominical en raison d'une "certaine conception de l'homme" a indiqué le vice-président du parti Frontiste Louis Aliot.

Michèle Chay, secrétaire général de la Fédération CGT du commerce a quant à elle estimé qu' "agir par ordonnance sur cette question de travail du dimanche, c'est encore un déni de démocratie orchestré par ce gouvernement." Jean-Claude Mailly, numéro un de FO s'est dit "stupéfait" que l'aménagement du travail passe par ordonnance.

L'épineuse question du travail dominical n'est pas récente. En effet, Jean-Marc Ayrault l'avait évoqué, fin 2013, alors qu'il était encore premier ministre en promettant une loi pour 2014. Après la fronde des magasins de bricolage qui avaient bravé une décision de justice leur interdisant d'ouvrir le dimanche, le gouvernement avait demandé à Jean-Paul Bailly de mener une mission pour en clarifier le cadre juridique.

Le rapport en découlant prônait une plus grande flexibilité en proposant que tous les commerces puissent ouvrir jusqu'à douze dimanches par an, contre cinq auparavant, et que les élus et partenaires sociaux négocient pour redéfinir les périmètres des zones touristiques et des zones d'activités où les magasins sont ouverts le dimanche. En échange, le rapport demande que les salariés travaillant ce jour-là obtiennent des contreparties, sauf ceux des entreprises de moins de dix salariés.
 
Le gouvernement avait alors publié un décret qui avait été finalement suspendu par le Conseil d'Etat en février.

Article rédigé par la rédaction web iTELE