mercredi 6 décembre 2017

Dons de congés : les «aidants» pourront eux aussi bientôt en bénéficier

Donner une ou des RTT à la maman ou au papa d'un enfant très malade. Cette possibilité, qui existe depuis 2014, devrait être accordée aux aidants familiaux qui s'occupent de personnes âgées.
LP/LAURENT MAURON

On pouvait déjà donner des RTT à un collègue parent d'enfant très malade. On pourra le faire pour ceux qui s'occupent de personnes dépendantes.

Quel beau geste que de donner une ou des RTT à la maman ou au papa d'un enfant très malade. Cette possibilité, qui existe depuis 2014, devrait être accordée aux aidants familiaux qui s'occupent de personnes âgées. Une proposition de loi consensuelle va être débattue demain à l'Assemblée nationale. L'initiative en revient à Paul Christophe, député (UDI) de la 14e circonscription du Nord.
 
Au départ, l'histoire du petit Mathys
Cette loi tire ses origines d'une histoire d'entraide en entreprise. Elle porte le prénom d'un petit garçon, Mathys, qui a lutté pendant quatre ans contre un cancer du foie. Son père, pour l'accompagner lors de ses longues séances de soins, avait épuisé toutes ses RTT, ses congés payés ainsi qu'un arrêt maladie. Dans un élan de solidarité, ses collègues de l'entreprise Badoit, à Saint-Galmier (Loire), lui ont fait cadeau de 170 jours de RTT. Le don, en dehors de tout cadre légal, avait été validé par la direction de l'entreprise. Le père a alors pu rester auprès de son fils, jusqu'à son décès en 2009. C'est ainsi qu'a été adoptée, le 9 mai 2014, la loi Mathys, afin de faciliter la procédure.
 
Qui peut en bénéficier ? Les personnes concernées, selon le texte de loi inscrit au Code du travail, sont «les parents qui ont la charge d'un enfant âgé de moins de 20 ans, atteint d'une maladie grave, d'un handicap ou d'un accident grave, rendant indispensable une présence soutenue et des soins contraignants», précise Valérie Benchetrit, avocate en droit du travail. Un certificat médical attestant la gravité du problème doit être fourni à l'employeur. La période d'absence du salarié est considérée comme une période de travail effectif, et il conserve tous les avantages acquis avant l'absence.


Qui peut faire des dons ?
Tous les salariés du privé peuvent «renoncer à tout ou partie de leurs jours de repos non pris au profit d'un collègue» qui est dans la situation précitée.
 
Combien de jours peut-on donner ?
Le don peut porter sur tous les jours de repos non pris, à l'exception des quatre premières semaines de congés payés. «Il peut donc concerner les jours correspondant à la cinquième semaine de congés payés, les jours de RTT et tout autre jour de récupération non pris», précise l'avocate.
 
Comment ça marche ?
La marche à suivre est la suivante : «Le salarié choisit le bénéficiaire, fait connaître sa démarche à l'employeur et précise s'il veut rester anonyme ou non. Il peut offrir autant de jours de repos qu'il souhaite. Il faut simplement que les congés soient disponibles.» «Dans le privé, cela a très bien marché. On compte aujourd'hui une cinquantaine d'accords répertoriés. Cette loi a créé une dynamique positive», ajoute-t-elle.
 
Que va-t-il se passer pour les aidants ?
La ouvelle mesure, si elle est adoptée, va permettre à des salariés de donner des jours de congé à des collègues «aidants» qui accompagnent sur leur temps libre des personnes âgées et en perte d'autonomie. Cette disposition permettra de remédier à l'épuisement des aidants. Sur les 8,3 millions d'aidants familiaux français, 47 % ont un emploi.

Un élan de solidarité autour de la maman de Maëlys
 
 
Certes, les dons de jours de congé sont réservés aux parents dont les enfants sont atteints de maladie ou victimes d'un accident grave. Mais au centre hospitalier de Pontarlier, dans le Doubs, la question ne s'est pas posée. Et le cœur a parlé.
 
Après avoir appris la terrible disparition de Maëlys, dans la nuit du 26 au 27 août, lors d'un mariage en Isère, à Pont-de-Beauvoisin, les collègues de Jennifer De Araujo, maman de la petite fille de 9 ans et infirmière de nuit dans cet hôpital, ont décidé de lui donner des RTT.
 
Le nombre de ces heures devrait être connu à la mi-décembre lors du prochain comité technique d'établissement. Mais, déjà, selon la direction de la communication de l'hôpital, cela a suscité un élan de solidarité : «Oui, il y a eu un grand engouement. La mobilisation a bien fonctionné.»
 
Une journée, une demi-journée ou une heure de RTT
 
Très vite après le drame, ses collègues éprouvés s'interrogent. µQue faire ? Comment alléger la détresse de cette maman toujours en arrêt maladie ? Ils pensent alors aux dons de congés. Le 5 octobre, la demande des représentants du personnel, portée par le syndicat CGT, est validée par la direction de l'hôpital. Jusqu'au 10 décembre, chaque salarié peut donner une journée, une demi-journée ou une heure. De façon anonyme ou non. Une façon d'agir.

A l'hôpital, la maman de Maëlys est bien connue des services de médecine, dans lesquels elle travaille. En novembre, une fiche d'émargement sur laquelle les salariés doivent renseigner le nombre d'heures qu'ils veulent donner a été diffusée à tous les services par mail.

«Jennifer De Araujo s'occupe de patients aux pathologies lourdes et en fin de vie. Elle est dans l'humain, souligne Lydie Lefèbvre, secrétaire de la section CGT à l'hôpital de Pontarlier. On a voulu l'aider à prolonger son arrêt de travail, lui apporter tout le réconfort dont elle a besoin», précise-t-elle.

Vincent Burgat| 06 décembre 2017, 18h32 - www.leparisien.fr

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire